La science n’est pas un stock de vérités, mais une machine collective à détecter ses propres erreurs. C’est précisément pour cela qu’on peut s’y fier.
Ce texte raconte d’où vient le mot « science », comment on teste une idée, ce qu’est réellement un article scientifique, comment on passe d’une expérience isolée à un consensus, pourquoi ce système mérite la confiance sans mériter la confiance aveugle, quels pièges guettent celui qui commence à lire des études, et comment enquêter soi-même sur une question. Chaque partie se lit séparément.
Langue françaisFigures 14Lecture ≈ 50 minVersion septembre 2026
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Le diplôme, l’expert et la preuve
Dans quelle mesure un diplôme est-il pertinent, et à partir de quand devient-il un argument d’autorité ?
Un diplôme est un indice. Il dit que celui qui parle a passé des années à apprendre les bases d’un domaine, ses méthodes, ses pièges, et à se faire corriger par des gens plus compétents que lui. C’est une raison de l’écouter, de la même façon qu’on préfère demander un diagnostic à un médecin plutôt qu’à son voisin.
Mais un diplôme n’est pas une preuve. Ce qui est affirmé dans ce texte doit tenir tout seul, avec ses sources ; si c’est faux, aucun titre ne le rendra vrai. La devise de la Royal Society, fondée en 1660, est Nullius in verba : « ne croire personne sur parole ». L’auteur compris.
La distinction à poser
Déférence raisonnable
L’expert parle dans son domaine
Ce qu’il dit est aligné avec la littérature de son domaine
On ne peut pas vérifier soi-même, donc on s’appuie sur ceux qui peuvent
Il cite ses sources et accepte d’être contredit
Argument d’autorité fallacieux
« C’est vrai parce que je suis docteur / prix Nobel »
L’expert parle hors de son domaine
Un expert isolé contre le consensus de sa discipline
Le titre remplace les données au lieu de les accompagner
Deux exemples rendent la chose concrète. Linus Pauling, deux fois prix Nobel, a défendu jusqu’à sa mort des mégadoses de vitamine C contre le rhume et le cancer, sans que les essais le confirment. Luc Montagnier, Nobel 2008 pour la découverte du VIH, a ensuite défendu la « mémoire de l’eau » et des thèses antivaccins. On parle parfois de « maladie du Nobel » : la compétence dans un domaine ne se transfère pas automatiquement aux autres.
Un consensus d’experts vaut beaucoup plus qu’un expert, et un expert vaut beaucoup plus qu’un diplômé qui parle d’autre chose que sa spécialité.
⁂
Six objections, mises de côté
Six objections reviennent dans presque toutes les discussions sur la science. Aucune n’est idiote : plusieurs contiennent un grain de vérité, et c’est précisément ce qui les rend efficaces. Les voici rassemblées, chacune renvoyant à l’endroit du texte où elle trouve sa réponse.
O1Comment faire confiance à la science alors que ça change tout le temps ?Le cœur bouge très peu, c’est la frontière qui bouge. Et une théorie remplacée devient souvent un cas particulier de la suivante.→ réponse en partie 5O2Le consensus n’a pas forcément raison, Galilée avait raison contre tout le monde !Galilée a gagné par les preuves, pas contre la méthode. Être moqué ne rend pas vrai.→ réponse en partie 5O3Il y a une idéologie chez les scientifiques.Oui, les individus ont des biais. L’objectivité ne vient pas des individus mais de la critique croisée entre gens qui ne pensent pas pareil.→ réponse en partie 5O4Le consensus, c’est des scientifiques qui se réunissent et votent la vérité !Personne ne vote. Le consensus est la convergence constatée de milliers d’études indépendantes, pas un scrutin.→ réponse en partie 4O5Ma discipline ne peut pas être étudiée par la science, elle lui échappe.Si elle a un effet observable, cet effet se teste, même sans comprendre le mécanisme. Sinon, elle ne peut rien promettre.→ réponse en partie 2O6La science explique le comment, pas le pourquoi !Le « pourquoi » causal est un comment plus profond. Le « pourquoi » du sens relève d’autre chose, mais ça ne valide aucune réponse en particulier.→ réponse en partie 2
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Ce que « science » a voulu dire
Avant de parler de méthode : le mot « science » a-t-il toujours voulu dire la même chose ?
Non, et c’est un piège fréquent : on projette notre mot d’aujourd’hui sur le passé. Scientia, en latin, c’est simplement « le savoir ». Pendant près de deux mille ans, une science est un savoir certain, démontré à partir de principes. Au Moyen Âge, la théologie est une science, et même la première d’entre elles.
Ce qu’on appelle science aujourd’hui — un savoir fondé sur l’expérience, mathématisé, provisoire, produit par des professionnels qui publient et se critiquent — s’est construit entre le XVIIe et le XIXe siècle. Le mot anglais scientist, « scientifique » comme métier, n’est inventé qu’en 1833.
Fig. 1 Le mot a changé de sens (frise à l’échelle à partir de l’an 1000). À elle seule, la scientia médiévale dure plus longtemps que toute la science au sens moderne ; et la relecture par les pairs systématique, qu’on croit éternelle, a à peine cinquante ans.
Antiquité : l’épistémè, un savoir par les causes
Platon oppose la doxa, l’opinion, à l’épistémè, le savoir fondé. Aristote en donne la définition qui va dominer pendant deux millénaires : savoir scientifiquement, c’est connaître une chose par ses causes, et savoir qu’elle ne peut pas être autrement (Seconds Analytiques). La science part de principes évidents et avance par démonstration logique, sur le modèle de la géométrie. Aristote observe beaucoup, notamment les animaux, mais l’expérimentation au sens moderne ne joue pas ce rôle de juge.
Moyen Âge : la scientia des universités
Le monde islamique traduit et prolonge l’héritage grec. Al-Khwârizmî (IXe siècle) donne son nom à l’algorithme et son titre à l’algèbre. Vers 1011–1021, Ibn al-Haytham écrit un Traité d’optique où il teste ses hypothèses par des dispositifs contrôlés, un vrai précurseur.
L’Europe latine redécouvre Aristote par les traductions du XIIe siècle et fonde les universités (Bologne, 1088 selon la tradition ; Paris et Oxford vers 1200). On y étudie les arts libéraux (grammaire, rhétorique, logique ; arithmétique, géométrie, musique, astronomie), puis la médecine, le droit ou la théologie.
La méthode, c’est le commentaire et la dispute. On commente les autorités (Aristote, Galien, Ptolémée) et on pratique la disputatio : une question, les objections, une réponse, puis la réfutation de chaque objection. Thomas d’Aquin affirme que la théologie est une science (Somme théologique, I, q. 1, a. 2) : elle part de principes certains, révélés par Dieu.
Ce n’est pas un « âge sombre ». Roger Bacon réclame une scientia experimentalis (1267), Buridan invente la théorie de l’impetus, Oresme discute sérieusement la rotation de la Terre. Et les savants médiévaux savent très bien que la Terre est ronde : le mythe inverse a été popularisé au XIXe siècle, notamment par une biographie romancée de Colomb (Washington Irving, 1828).
XVIe–XVIIIe siècle : la révolution scientifique
1543 : Copernic place le Soleil au centre ; Vésale corrige Galien en disséquant lui-même. L’autorité des textes commence à céder devant l’observation.
La nature devient mathématique. Galilée, L’Essayeur (1623) : le livre de l’univers « est écrit en langue mathématique ». Chez Aristote, mathématiques et physique étaient deux domaines séparés.
L’expérience devient provoquée, instrumentée, publique. Télescope, microscope, pompe à vide : Boyle fait ses expériences devant des témoins et les décrit en détail pour que d’autres puissent les refaire.
Naissent les institutions : Royal Society (1660), Académie des sciences (1666), et les deux premières revues savantes, le Journal des sçavans (janvier 1665) et les Philosophical Transactions (mars 1665).
Mais on ne dit pas encore « science » : on dit philosophie naturelle. Le chef-d’œuvre de Newton s’intitule Principes mathématiques de la philosophie naturelle (1687).
XIXe siècle : la science au sens moderne
1833 : William Whewell propose le mot scientist, sur le modèle de artist. Le savant amateur cède la place au chercheur professionnel.
Les disciplines se séparent (le mot « biologie » apparaît vers 1800), les laboratoires universitaires se multiplient sur le modèle allemand, les revues se spécialisent (Nature est fondée en 1869).
Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865) : la médecine doit devenir une science expérimentale, avec des comparaisons contrôlées.
Les langues divergent, et c’est utile pour les débats : en anglais, science désigne surtout les sciences de la nature ; en français, on parle aussi de « sciences humaines » ; l’allemand Wissenschaft inclut l’histoire et la philologie. « La sociologie est-elle une science ? » dépend donc en partie de la langue dans laquelle on pose la question.
XXe–XXIe siècle : statistique, collectifs géants et preuves
La statistique entre au cœur de la méthode : Fisher (1925) popularise les tests de significativité ; le premier grand essai randomisé moderne, sur la streptomycine contre la tuberculose, est publié en 1948.
La « big science » : projet Manhattan, CERN (1954). L’article de 2015 qui mesure la masse du boson de Higgs compte plus de 5 000 auteurs.
La relecture par les pairs se généralise tard. En 1936, Einstein retire un article de la Physical Review, furieux que la revue l’ait envoyé à un relecteur anonyme sans son accord. Nature ne rend la relecture externe systématique qu’en 1973.
La médecine fondée sur les preuves (le terme date de 1991) et la Collaboration Cochrane (1993) organisent la synthèse systématique des études. Depuis les années 2010, le mouvement de la science ouverte s’attaque à la reproductibilité.
Ce qui a changé, en un tableau
Université médiévale (XIIIe)
Révolution scientifique (XVIIe)
Science moderne (XIXe–XXIe)
Le mot
scientia : savoir démontré
philosophie naturelle
science, scientifique (1833)
Ce qui fait autorité
les textes anciens et la logique
l’expérience et la démonstration mathématique
les données publiées et la critique des pairs
Rôle de l’expérience
l’expérience commune, pour illustrer
l’expérience provoquée, devant témoins
l’expérience contrôlée, mesurée, répliquée
Mathématiques
séparées de la physique
« la langue de la nature »
modèles, statistiques, simulation
Statut du savoir
certain et nécessaire
certain, mais contestable
provisoire, gradué, révisable
Questions visées
les causes, y compris le « pour quoi » (causes finales)
le « comment » : des lois
tout ce qui peut être testé
Qui produit le savoir
des maîtres d’université, souvent clercs
des savants, souvent amateurs, et les académies
des chercheurs professionnels, en équipes
Comment il circule
manuscrits, commentaires, disputes
lettres, premières revues
revues à comité de lecture, preprints, bases de données
Deux conséquences pour la suite. Quand on dit « Galilée avait raison contre la science de son temps », il faut préciser de quelle science on parle : celle de l’université de l’époque, c’était surtout Aristote commenté. Ce qui a gagné avec Galilée, c’est justement l’invention de ce qu’on appelle aujourd’hui la science.
Et quand on dit « la science ne répond pas au pourquoi », c’est exact, mais c’est un choix historique : au XVIIe siècle, on a volontairement abandonné les causes finales parce qu’on ne pouvait pas les tester. C’est ce renoncement qui a rendu la science si efficace.
2
Qu’est-ce que la méthode scientifique ?
Existe-t-il une méthode scientifique, au singulier ?
Réponse honnête : il n’existe pas une recette unique, et c’est à peu près le seul point sur lequel les philosophes des sciences s’accordent aujourd’hui. Un astrophysicien, un épidémiologiste et un paléontologue ne travaillent pas pareil : l’un observe, l’autre randomise, le troisième reconstitue un passé qu’on ne peut pas refaire en laboratoire.
Mais ils partagent un noyau : confronter ses idées à la réalité, en cherchant activement à se prendre en défaut, et rendre tout cela public pour que d’autres puissent chercher la faille. Feynman le résumait ainsi : « Le premier principe, c’est de ne pas se tromper soi-même, et on est la personne la plus facile à tromper. »
Fig. 2 Le noyau commun à toutes les sciences est une boucle, pas une ligne droite. La case qui compte le plus est la prédiction : une hypothèse qui n’interdit rien ne peut jamais être prise en défaut.
Qui a dit quoi sur la méthode
Une carte, forcément simplifiée, de trois siècles de débat sur ce qu’est la méthode. Les repères mis en avant sont ceux sur lesquels on revient dans la suite du texte.
1620Bacon, Novum Organum : la science procède par induction, on accumule des observations puis on généralise.
1739Hume : le problème de l’induction. Aucun nombre d’observations passées ne garantit logiquement la suivante.
1906Duhem, La Théorie physique : on ne teste jamais une hypothèse seule, mais tout un bloc d’hypothèses.
1929Cercle de Vienne : un énoncé scientifique est un énoncé vérifiable. Problème : les lois universelles ne le sont jamais.
1934Popper, Logique de la découverte scientifique : le critère n’est pas la vérification mais la réfutabilité.
1942Merton : les normes sociales de la science, dont le scepticisme organisé.
1951Quine : radicalise Duhem (thèse de Duhem-Quine).
1962Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques : paradigmes, science normale, révolutions.
1970Lakatos : les programmes de recherche, progressifs ou dégénératifs. Synthèse entre Popper et Kuhn.
1975Feyerabend, Contre la méthode : aucune règle méthodologique n’a jamais été respectée partout.
1983Laudan : il n’existe pas de critère unique qui sépare science et non-science.
1990→Longino, Oreskes… : l’objectivité est une propriété de la communauté qui se critique, pas de l’individu.
Popper : une théorie scientifique prend des risques
« Le critère de la scientificité d’une théorie réside dans la possibilité de l’invalider, de la réfuter ou encore de la tester. »
Popper part d’un problème logique. Qui observe dix mille cygnes blancs ne peut pas en conclure que tous les cygnes sont blancs : le dix-mille-et-unième peut être noir. Et c’est exactement ce qui s’est passé, des Européens ayant vu des cygnes noirs en Australie en 1697.
On ne peut donc jamais prouver une loi générale. En revanche, une seule observation contraire suffit à la réfuter. D’où l’idée de Popper : une théorie est scientifique si elle interdit certaines choses, si l’on peut dire à l’avance « si on observe ceci, j’ai tort ». Einstein prédit en 1915 que la lumière des étoiles est déviée par le Soleil d’une valeur précise ; l’expédition d’Eddington en 1919 aurait pu le démolir. À l’inverse, Popper reprochait à la psychanalyse de pouvoir tout expliquer après coup : une théorie qui explique tout n’explique rien.
Fig. 3 L’asymétrie de Popper. Mille confirmations ne prouvent pas une loi générale ; une seule observation contraire, si elle est solide, suffit à la réfuter. En pratique, on parle donc de théories corroborées, jamais prouvées.
La limite de Popper : on ne teste jamais une hypothèse seule
Sur le papier, c’est simple : une prédiction échoue, la théorie tombe. Dans la vraie vie, quand une expérience contredit une théorie, on ne sait pas ce qui est faux : la théorie, l’instrument, le calcul, ou une hypothèse secondaire. C’est la thèse de Duhem-Quine.
L’exemple parfait est Le Verrier. Deux fois, il fait exactement le même geste : une planète ne suit pas l’orbite prévue par Newton, et plutôt que de jeter Newton, il suppose une planète invisible. La première fois, on trouve Neptune. La seconde, la planète Vulcain n’existe pas, et c’est Einstein qui résout l’énigme soixante ans plus tard.
Fig. 4 Même raisonnement, deux issues opposées. La logique seule ne dit pas quand abandonner une théorie : c’est la capacité des ajustements à produire des prédictions vérifiées qui tranche.
Lakatos en tire la leçon : une théorie a un noyau dur qu’on protège avec une ceinture d’hypothèses auxiliaires. Protéger son noyau n’est pas malhonnête en soi. Ce qui distingue la science de la pseudoscience, c’est que ces ajustements anticipent des faits nouveaux (Neptune) au lieu de simplement rattraper les échecs après coup. « Le remède n’a pas marché parce que vous n’y croyiez pas assez » est l’exemple type de l’ajustement dégénératif.
Kuhn : la science est aussi une communauté
« Un paradigme est ce que les membres d’une communauté scientifique possèdent en commun, et, réciproquement, une communauté scientifique se compose de ceux qui partagent un paradigme. »
Kuhn, physicien devenu historien des sciences, regarde ce que les scientifiques font vraiment. Et il constate qu’ils ne passent pas leur temps à essayer de réfuter leurs théories. La plupart du temps, ils font de la « science normale » : ils résolvent des énigmes à l’intérieur d’un cadre partagé, le paradigme, c’est-à-dire des lois, des méthodes, des instruments et des exemples de problèmes bien résolus.
Quand un résultat ne rentre pas dans le cadre, on le met de côté. Mais les anomalies s’accumulent, on entre en crise, et un nouveau paradigme finit par s’imposer : c’est une révolution scientifique. Copernic, Lavoisier, Darwin, Einstein.
Attention au contresens le plus répandu : Kuhn n’a jamais dit que « tout se vaut ». Il donne lui-même des critères pour choisir entre théories : précision, cohérence, portée, simplicité, fécondité.
Fig. 5 Le cycle de Kuhn. Popper décrit ce que la science devrait faire à chaque test ; Kuhn décrit ce qu’elle fait sur des décennies. Les deux sont utiles : la réfutation opère surtout au moment des crises.
Ce qu’en pense l’épistémologie aujourd’hui
Le débat Popper / Kuhn / Lakatos / Feyerabend a laissé un paysage plus nuancé. Quatre idées font aujourd’hui largement consensus chez les philosophes des sciences.
Pas de critère unique de démarcation. Laudan (1983) a montré qu’aucun critère simple ne sépare parfaitement science et pseudoscience. On utilise plutôt un faisceau d’indices (Pigliucci & Boudry, 2013) : tests possibles, prédictions réussies, correction des erreurs, ouverture à la critique, cohérence avec le reste du savoir. Un peu comme un diagnostic médical.
La confiance se gradue. Plutôt que « prouvé / réfuté », on raisonne en degrés de confiance qu’on met à jour avec les données (approche dite bayésienne). D’où la maxime de Sagan : des affirmations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires. Plus une idée contredit ce qu’on sait déjà, plus il faut de preuves pour la faire accepter.
L’objectivité est collective. Pour Helen Longino (1990), personne n’est neutre, mais une communauté peut produire du savoir objectif si la critique y est publique, si des standards sont partagés, si les critiques obtiennent des réponses et si des points de vue variés peuvent s’exprimer. C’est le « scepticisme organisé » de Merton, et c’est l’argument central de Naomi Oreskes dans Why Trust Science? (2019).
La robustesse vient de la convergence. Une connaissance est solide quand des méthodes indépendantes aboutissent au même résultat. En 1913, dans Les Atomes, Jean Perrin montre qu’une douzaine de méthodes différentes (mouvement brownien, bleu du ciel, radioactivité…) donnent toutes le même nombre d’Avogadro, environ 6 × 10²³. Même les sceptiques de l’atome se rendent. Si les atomes n’existaient pas, cette coïncidence serait inexplicable.
La science n’est pas un corps de vérités gravées dans le marbre. C’est un procédé collectif et public de correction d’erreurs, qui produit des connaissances révisables mais fiables — et d’autant plus fiables qu’elles ont survécu à davantage de tentatives indépendantes de les démolir.
O5Ma discipline ne peut pas être étudiée par la science, elle lui échappe.
C’est le bon moment pour y répondre, puisqu’on vient de parler de réfutabilité. Le piège consiste à croire qu’il faudrait comprendre comment une pratique marcherait pour pouvoir la tester. Non : on teste ses effets. Nul besoin d’une théorie de la « mémoire de l’eau » pour comparer en double aveugle des granules homéopathiques à des granules de sucre.
Fig. 6 Le dilemme. Dès qu’une pratique revendique un effet dans le monde réel, elle entre dans le champ du testable.
Sources : le NHMRC australien (2015) conclut, sur l’ensemble des revues disponibles, à l’absence de preuve fiable d’efficacité de l’homéopathie pour quelque problème de santé que ce soit. Shawn Carlson (Nature, 1985) : en double aveugle, des astrologues n’associent pas mieux que le hasard des thèmes astraux à des profils de personnalité. Signal d’alerte classique : « l’effet disparaît quand un sceptique observe », qui est un ajustement dégénératif au sens de Lakatos.
O6La science explique le comment, pas le pourquoi !
Il y a deux « pourquoi » très différents, et l’objection joue sur la confusion.
Le pourquoi causal. « Pourquoi le ciel est-il bleu ? » La science y répond très bien (la diffusion de Rayleigh : l’atmosphère diffuse davantage les courtes longueurs d’onde). Ce « pourquoi » n’est qu’un « comment » plus profond.
Le pourquoi du but ou du sens. « Pourquoi existons-nous, dans quel but ? » Cette question présuppose qu’il y a un but. Depuis Bacon et Descartes, la science a volontairement renoncé aux « causes finales » d’Aristote, parce qu’elles n’ont pas de conséquence testable. Ces questions relèvent de la philosophie, de l’éthique ou de la spiritualité.
La concession honnête : oui, la science ne dit pas à elle seule ce qui est bien. Hume l’a noté : on ne déduit pas ce qui doit être de ce qui est. La limite de la concession : que la science ne réponde pas à une question ne donne raison à aucune réponse en particulier. Et dès qu’une réponse au « pourquoi » fait une affirmation sur le monde (« cette prière guérit »), on revient à la figure 6.
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L’article scientifique, et comment on publie
Concrètement, qu’est-ce qu’un article scientifique ? Et comment fait-on pour être publié ?
Un article est un rapport standardisé : voilà la question posée, voilà exactement comment on a procédé, voilà ce qu’on a trouvé, voilà les limites. Il n’est pas écrit pour convaincre le grand public, il est écrit pour qu’un collègue puisse vérifier, critiquer et refaire. C’est pour cela qu’il est si aride : chaque détail de méthode est là pour qu’on puisse l’attaquer.
Fig. 7 Anatomie de la première page d’un article (fictif). Tout ce qui est en marge est un indice de fiabilité, et presque personne ne le regarde. Les références, les annexes et le matériel supplémentaire viennent à la fin, souvent dans un fichier séparé.
La structure IMRaD
Presque tous les articles de recherche suivent le même plan, généralisé en médecine dans les années 1970–1980. Il répond à quatre questions, dans l’ordre.
Section
Question
Ce qu’on y trouve
Introduction
Pourquoi cette étude ?
ce qu’on sait déjà, ce qui manque, la question précise
Méthodes
Comment ?
qui, combien, quel protocole, quelles analyses. La section la plus importante, et la moins lue
Résultats
Qu’a-t-on trouvé ?
chiffres, tableaux, figures, intervalles de confiance, sans interprétation
and Discussion
Qu’est-ce que ça veut dire ?
interprétation, comparaison avec les autres études, limites
Tous les « articles » ne sont pas des études
Piège classique : « c’est paru dans The Lancet » peut désigner une lettre de lecteur ou un éditorial d’opinion. Toujours regarder le type de publication, indiqué en haut de l’article et dans PubMed.
Type
Ce que c’est
Données nouvelles ?
Relu par des pairs ?
Article original
rapporte une recherche nouvelle
oui
oui
Communication courte, lettre
résultat bref, publié vite
oui
en général
Étude de cas
un patient, une observation inhabituelle
oui, n = 1
oui
Revue narrative
synthèse rédigée par un expert, qui choisit ses sources
non
oui
Revue systématique, méta-analyse
synthèse avec méthode de recherche explicite et reproductible
non, mais recalcule
oui
Éditorial, commentaire, opinion
un avis, parfois très informé
non
rarement
Actes de conférence
en informatique, c’est le lieu de publication principal
oui
selon la conférence
Preprint
version déposée avant toute relecture
oui
non
Correction, rétractation
la revue signale une erreur ou retire l’article
—
—
Les modalités de publication
Soumettre et être relu
Choisir la revue : spécialisée ou généraliste (Nature, Science, NEJM…). Les plus prestigieuses acceptent moins de 10 % des manuscrits.
Soumettre le manuscrit avec une lettre à l’éditeur, en respectant le format, en déclarant financements et conflits d’intérêts, et souvent en déposant données et protocole.
Le tri éditorial : l’éditeur rejette directement une bonne partie des manuscrits (desk reject), sans relecture.
La relecture : deux ou trois spécialistes bénévoles rendent un rapport. Décision : accepté, révisions mineures, révisions majeures, ou rejet. Plusieurs allers-retours, de quelques mois à plus d’un an. Le parcours complet est détaillé en partie 4.
La publication : l’article reçoit un DOI, un identifiant permanent, et vit ensuite sa vie : citations, commentaires, corrections, parfois rétractation.
Type de relecture
Qui connaît qui
Avantage
Limite
Simple aveugle(le plus courant)
les relecteurs connaissent les auteurs, pas l’inverse
relecteurs libres de critiquer
biais possible selon la réputation des auteurs
Double aveugle
personne ne connaît personne
limite les biais de prestige
on devine souvent qui a écrit
Ouverte
noms et rapports publiés avec l’article
transparence, relectures plus soignées
des relecteurs peuvent hésiter à critiquer un ponte
Post-publication
tout le monde, après parution
critique continue (PubPeer)
peu structurée
Qui paie ? Le modèle économique
Modèle
Qui paie
Qui peut lire
Abonnement(classique)
les bibliothèques et les lecteurs
les abonnés seulement (paywall)
Accès ouvert « doré »
l’auteur ou son institution, via des frais de publication (APC) : de quelques centaines à environ 10 000 € chez Nature
tout le monde
Hybride
abonnement, et l’auteur peut payer en plus pour ouvrir son article
tout le monde, pour cet article
Accès ouvert « diamant »
ni l’auteur ni le lecteur : des institutions financent la revue
tout le monde
Voie « verte »
personne : l’auteur dépose sa version dans une archive ouverte (HAL, arXiv, PubMed Central)
tout le monde, parfois après un délai
Le paradoxe mérite d’être connu : les chercheurs, payés par de l’argent public, écrivent les articles gratuitement, les relisent gratuitement, puis leurs universités paient pour les lire. Les grands éditeurs scientifiques affichent des marges parmi les plus élevées de toutes les industries, de l’ordre de 35 à 40 % pour la branche scientifique d’Elsevier.
D’où la poussée vers l’accès ouvert : en France, la loi pour une République numérique (2016) permet aux chercheurs de déposer leur article en accès libre après six mois (douze en sciences humaines), et le Plan S européen (2018) exige que la recherche financée sur fonds publics soit lisible par tous. Conséquence pratique pour le lecteur : une version gratuite et légale existe très souvent (HAL, Unpaywall, ou un simple courriel à l’auteur).
Le prestige, et ses effets pervers
Le facteur d’impact d’une revue, c’est le nombre moyen de citations reçues une année par ses articles des deux années précédentes. Il mesure la revue, pas l’article : dans Nature, environ un quart des articles fournit près de 90 % des citations (éditorial de Nature, 2005). La déclaration DORA (2012) appelle à ne plus juger un chercheur ou un article sur ce chiffre.
« Publier ou périr ». Quand les carrières dépendent du nombre d’articles, on voit apparaître le découpage d’une étude en plusieurs petits articles, les usines à faux articles et les revues prédatrices. C’est la loi de Goodhart : quand une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure.
Une revue prestigieuse n’est pas une garantie. Les revues à fort facteur d’impact ont même tendance à avoir plus de rétractations (Fang & Casadevall, 2011) : elles publient des résultats spectaculaires, plus lus et plus scrutés.
Qui signe ? En médecine, les critères de l’ICMJE exigent une contribution substantielle, une participation à la rédaction, l’approbation de la version finale et l’engagement à répondre du travail. Par convention, le premier auteur a fait l’essentiel du travail et le dernier dirige l’équipe ; en mathématiques, en économie ou en physique des particules, l’ordre est souvent alphabétique.
4
De l’expérience à la méta-analyse
Comment une expérience isolée devient-elle une connaissance ?
Il faut voir une étude comme un témoignage, pas comme un verdict. Une seule étude peut se tromper pour mille raisons : hasard, petit échantillon, biais, erreur de calcul, fraude. Le système est construit pour faire passer ce témoignage par une série de filtres, puis pour le confronter à tous les autres témoignages sur la même question.
Et le filtre le plus connu, la relecture par les pairs, est en réalité le plus faible. Ce qui compte vraiment, c’est ce qui se passe après la publication.
Fig. 8 Le parcours d’une étude. La première ligne se joue dans une seule équipe ; la seconde implique toute la communauté, et c’est elle qui transforme un résultat en connaissance.
Ce que la relecture par les pairs fait, et ne fait pas
Ce qu’elle vérifie
La méthode permet-elle de répondre à la question ?
Sur-interprétation (« prouve » au lieu de « suggère »)
Ce qu’elle ne garantit pas
Les relecteurs ne refont pas l’expérience
Ils n’ont souvent pas accès aux données brutes
Une fraude bien faite passe presque toujours
Bénévoles, pressés, parfois en conflit d’intérêts
La relecture est un contrôle technique, pas une garantie à vie. « Publié dans une revue à comité de lecture » veut dire « assez sérieux pour entrer dans la discussion », pas « vrai ». La vraie validation, c’est la réplication par des gens qui n’ont aucun intérêt à ce que ça marche.
Deux réformes récentes changent la donne : le préenregistrement (on dépose hypothèse et plan d’analyse avant de collecter les données, sur ClinicalTrials.gov ou OSF), et les Registered Reports, où la revue accepte l’article sur la base du protocole, avant les résultats. Impossible alors de maquiller un résultat décevant, et les résultats négatifs finissent par être publiés.
Toutes les études ne se valent pas
Fig. 9 La pyramide des preuves, version médecine. C’est une heuristique, pas une loi : une grande cohorte bien menée vaut mieux qu’un petit essai bâclé, et une méta-analyse de mauvaises études reste mauvaise. Les grilles actuelles (GRADE) notent la qualité, pas seulement le type d’étude.
Deux nuances importantes. 1. Cette pyramide concerne surtout la santé : en astrophysique ou en géologie, on ne randomise pas des étoiles. 2. On n’a jamais fait d’essai randomisé « tabac contre placebo », et pourtant le lien tabac-cancer est certain. Il repose sur la convergence de nombreux indices (force de l’association, effet dose-réponse, antériorité, mécanisme biologique…), formalisée par Bradford Hill en 1965.
Comment on combine les études : la méta-analyse
Fig. 10 Un forest plot (données fictives, pour l’illustration). Chaque carré est une étude, sa taille reflète son poids, la barre son incertitude. Qui ne cite que l’étude B conclut « ça ne marche pas », qui ne cite que la D annonce « effet énorme ». Le losange combiné tranche : effet réel, modeste, et précis.
Une méta-analyse est d’abord une revue systématique : on écrit à l’avance comment on va chercher et quelles études on garde, puis on cherche toutes les études, pas celles qui arrangent. Ensuite seulement on combine statistiquement. Les grandes études pèsent plus lourd que les petites, parce qu’elles sont plus précises. C’est exactement l’inverse du réflexe « j’ai trouvé une étude qui dit que… ».
O4Le consensus, c’est des scientifiques qui se réunissent et votent la vérité !
Personne ne vote. Un consensus scientifique est un constat : quand on regarde l’ensemble de la littérature, les études indépendantes convergent. Il est la conséquence des preuves, pas leur cause. On peut d’ailleurs le mesurer : une analyse de 88 125 articles sur le climat trouve plus de 99 % d’accord sur l’origine humaine du réchauffement (Lynas et al., 2021).
Il existe bien des panels, comme le GIEC, la HAS ou les conférences de consensus. Mais ils ne votent pas ce qui est vrai : ils synthétisent la littérature existante selon une méthode publique, et chaque affirmation est reliée à ses sources et assortie d’un niveau de confiance. Tout le monde peut aller vérifier.
Pourquoi s’y fier ? Le consensus peut se tromper. Mais pour qui n’est pas spécialiste, c’est de loin le meilleur pari disponible. Parier contre, c’est parier qu’on a vu, seul, ce que des milliers de spécialistes concurrents ont raté.
5
Peut-on faire confiance au système ?
Comment sait-on que le consensus n’est pas une fraude, puisqu’on a bien des articles rétractés ?
Les rétractations sont la preuve que le système fonctionne, pas qu’il est pourri. Une rétractation, c’est la science qui dit publiquement « on s’est trompé, retirez ça ». Quelle autre institution le fait ?
Et il faut regarder qui détecte les fraudes. Presque à chaque fois, ce sont d’autres scientifiques : des concurrents, des doctorants qui n’arrivent pas à reproduire un résultat, des chercheurs qui repèrent une incohérence dans les données.
Les ordres de grandeur
Plusieurs millions d’articles scientifiques sont publiés chaque année. Les rétractations en représentent historiquement quelques pour dix mille.
2023 est une année record, avec plus de 10 000 rétractations, en majorité des numéros entiers de revues infiltrés par des « paper mills », des usines à faux articles (Nature, déc. 2023). Leur détection est justement le travail de chercheurs « détectives ».
Sur 2 047 rétractations biomédicales analysées, 67 % sont dues à une inconduite (fraude ou suspicion 43 %, publication en double 14 %, plagiat 10 %), le reste à des erreurs honnêtes (Fang, Steen & Casadevall, PNAS, 2012).
Qui a détecté quoi
Affaire
Problème
Détecté par
Issue
Wakefield, The Lancet, 1998 vaccin ROR et autisme
données manipulées, conflits d’intérêts
le journaliste Brian Deer, et l’échec de toutes les tentatives de reproduction
rétracté en 2010. Une étude danoise sur 657 461 enfants ne trouve aucun lien (Hviid et al., 2019)
Schön, Bell Labs, 2002 physique des semi-conducteurs
données inventées
des physiciens qui remarquent le même bruit de mesure dans des expériences différentes
des dizaines d’articles rétractés, dont plusieurs dans Nature et Science
Stapel, 2011 psychologie sociale
données inventées pendant des années
de jeunes chercheurs de son propre département
58 rétractations
LaCour, Science, 2014 science politique
enquête jamais réalisée
deux doctorants qui voulaient reproduire l’étude
rétracté 6 mois plus tard
Surgisphere, The Lancet, 2020 hydroxychloroquine
base de données invérifiable
des centaines de chercheurs signalant des incohérences
rétracté en 13 jours
Cas français souvent cité : l’article de Gautret et al. (2020, International Journal of Antimicrobial Agents) sur l’hydroxychloroquine a été rétracté en décembre 2024 par l’éditeur, pour des problèmes éthiques et méthodologiques.
Pourquoi un consensus frauduleux est si improbable
Les incitations vont dans l’autre sens. Renverser un consensus est la voie royale vers la gloire et le prix Nobel. Marshall et Warren l’ont eu en 2005 pour avoir montré, contre l’avis général, qu’une bactérie cause la plupart des ulcères.
La concurrence est féroce entre laboratoires, pays, financeurs. Des chercheurs américains, chinois, russes et européens qui ne s’entendent sur rien d’autre convergent sur les mêmes résultats.
Les données sont reproductibles par d’autres. Une fraude peut tromper une revue ; elle ne résiste pas à des équipes indépendantes qui refont l’expérience.
Un grand secret fuite vite. Le physicien David Grimes (PLOS ONE, 2016) a modélisé la durée de vie des conspirations : avec des milliers de personnes impliquées, elles seraient exposées en quelques années.
La crise de la réplication
En 2015, 270 chercheurs refont 100 études de psychologie publiées. 97 % des originales étaient significatives ; seules 36 % des répliques le sont, avec des effets en moyenne deux fois plus petits (Open Science Collaboration, Science).
La société Amgen n’a pu confirmer que 6 études « phares » sur 53 en cancérologie préclinique (Begley & Ellis, Nature, 2012).
John Ioannidis, 2005 : Why Most Published Research Findings Are False, l’un des articles les plus lus de l’histoire de PLOS Medicine.
La leçon : c’est la science elle-même qui a mesuré sa propre crise, et qui a réagi (préenregistrement, données ouvertes, grands consortiums). Et le problème touche surtout des études isolées à la frontière, pas les connaissances consolidées. C’est exactement pour cela qu’on ne s’appuie jamais sur une seule étude.
O1Comment faire confiance à la science alors que ça change tout le temps ?
Ce qui change tout le temps, c’est la frontière. Le cœur, lui, est remarquablement stable. Le problème est que les médias parlent surtout de la frontière, parce que c’est là qu’il y a de la nouveauté.
Fig. 11 Les connaissances n’ont pas toutes le même âge ni la même solidité. Plus une idée a résisté longtemps, à des méthodes variées, plus elle est proche du centre.
Et même quand le cœur change, l’ancien savoir n’est pas « faux » au sens où on le croit. La relativité n’a pas jeté Newton à la poubelle : elle en fait un cas particulier, valable aux vitesses ordinaires. Les trajectoires d’Apollo ont été calculées avec Newton ; le GPS, lui, doit corriger ses horloges d’environ 38 microsecondes par jour pour les effets relativistes.
Isaac Asimov, The Relativity of Wrong (1989) : « Quand les gens pensaient que la Terre était plate, ils avaient tort. Quand ils pensaient qu’elle était sphérique, ils avaient tort. Mais si vous pensez que croire la Terre sphérique est aussi faux que la croire plate, alors votre point de vue est plus faux que les deux réunis. »
Modèle de la Terre
Quand
Écart à la réalité
Plate
Antiquité
faux dès quelques kilomètres : le sol « descend » d’environ 8 m sur 10 km
Sphère
Ératosthène, v. 240 av. J.-C.
≈ 0,3 % (rayon équatorial 6 378 km, polaire 6 357 km)
Ellipsoïde aplati
prédit par Newton (1687), mesuré en Laponie (1736–37)
≈ 0,002 % (écarts ≤ ~100 m)
Géoïde
satellites GRACE (2002), GOCE (2009)
quelques centimètres
O2Le consensus n’a pas forcément raison, Galilée avait raison contre tout le monde !
Premier point, l’histoire est plus compliquée. Galilée s’opposait surtout à l’Église et aux philosophes aristotéliciens, pas à une communauté scientifique au sens moderne (voir partie 1). Dès 1611, les astronomes jésuites du Collège romain confirment ses observations au télescope. Et il s’est trompé lui aussi : sa théorie des marées était fausse, et il rejetait les orbites elliptiques de Kepler, qui avait raison.
Deuxième point, il a gagné grâce à la méthode. Ce ne sont pas ses convictions qui ont convaincu, ce sont les observations (phases de Vénus, lunes de Jupiter), puis les prédictions de Kepler et de Newton, et enfin la mesure de la parallaxe des étoiles par Bessel en 1838.
Troisième point, le sophisme. « On s’est moqué de Galilée, on se moque de moi, donc j’ai raison » ne tient pas. Carl Sagan : « On s’est moqué de Colomb, des frères Wright. Mais on s’est aussi moqué de Bozo le clown. »
Les vrais cas de minorités qui avaient raison confirment la règle : Wegener et la dérive des continents (1912, acceptée dans les années 1960 avec les mesures du plancher océanique), Semmelweis et le lavage des mains (1847), Marshall et Warren avec Helicobacter pylori (1982). À chaque fois, le consensus a changé parce que les preuves sont arrivées, pas parce que la minorité criait plus fort. Et pour un Wegener, il y a des milliers d’inventeurs du mouvement perpétuel.
O3Il y a une idéologie chez les scientifiques.
La concession, sincère : oui, les scientifiques sont des humains, avec des opinions, des carrières, des financements et des biais. L’histoire en regorge. En 1967, la Sugar Research Foundation finance en coulisse une revue de Harvard qui minimise le rôle du sucre dans les maladies cardiaques (Kearns et al., JAMA Internal Medicine, 2016). Et Max Planck disait qu’une nouvelle théorie s’impose surtout quand ses opposants finissent par mourir.
La réponse : la science ne suppose pas des individus neutres. Elle suppose des individus différents qui se critiquent. L’objectivité vient du frottement (Longino, Merton, Oreskes). Déclarations de conflits d’intérêts, relecteurs extérieurs, réplications par des équipes aux intérêts opposés : tout cela existe parce qu’on sait que chacun est biaisé.
Remarque utile : dans les grands cas documentés de science biaisée (tabac, sucre, pétrole), l’idéologie ou l’argent poussaient contre le consensus, pas pour lui (Oreskes & Conway, Les Marchands de doute, 2010).
La question à retourner : « Quelle idéologie, précisément, et comment aurait-elle biaisé quelles données ? Pourquoi des chercheurs de pays et de bords politiques opposés trouveraient-ils la même chose ? » Une accusation d’idéologie doit elle aussi apporter ses preuves.
6
Les pièges de lecture
Quelles erreurs commet-on quand on accepte tout cela et qu’on se met à lire des articles soi-même ?
Paradoxe : quand on commence à lire des études, on devient souvent moins fiable avant de devenir meilleur. Parce qu’on dispose désormais de munitions « scientifiques » pour défendre ce qu’on pensait déjà. Le biais de confirmation ne disparaît pas avec les références, il s’habille avec.
Le test le plus simple : si cette même étude avait conclu l’inverse, est-ce que je la critiquerais ? Si la réponse est oui, alors il faut lui appliquer la même sévérité maintenant.
« J’ai trouvé une étude qui dit que… »
Avec plusieurs millions d’articles par an, il existe une étude pour presque n’importe quelle affirmation. Une étude isolée, c’est un point sur la figure 10, pas le losange. Et le hasard seul fabrique des « découvertes » : avec le seuil habituel p < 0,05, un effet qui n’existe pas sortira « significatif » une fois sur vingt.
Fig. 12 Le problème des comparaisons multiples, d’après le célèbre dessin xkcd n° 882 (valeurs de p fictives). Si on teste assez de choses et qu’on ne publie que ce qui « marche », on finit toujours par trouver quelque chose.
Version en laboratoire, souvent involontaire : le p-hacking. On retire quelques participants « aberrants », on essaie une autre mesure, on arrête la collecte dès que ça devient significatif. Gelman parle du « jardin des sentiers qui bifurquent ». D’où l’importance du préenregistrement.
Les résultats qui disparaissent : l’effet tiroir
Fig. 13 Le funnel plot (données fictives). Les grandes études, en haut, sont précises ; les petites, en bas, s’éparpillent. Si les petites études « décevantes » ne sont jamais publiées, un coin manque et la littérature surestime l’effet. Les méta-analyses sérieuses cherchent cette asymétrie.
Les autres pièges, en rafale
Lire le titre, le résumé ou le communiqué de presseSur 462 communiqués d’universités britanniques, 33 % transforment une corrélation en causalité, 36 % extrapolent de l’animal à l’humain, 40 % donnent des conseils exagérés. Et les articles de presse exagèrent surtout quand le communiqué exagère déjà (Sumner et al., BMJ, 2014).lire les méthodes
Confondre corrélation et causalitéLa consommation de chocolat par habitant est fortement corrélée au nombre de prix Nobel par pays (Messerli, NEJM, 2012). Le chocolat ne rend pas plus intelligent : les pays riches ont plus de chocolat et plus de chercheurs.chercher le facteur caché
Extrapoler de la souris ou de la boîte de Pétri à l’humain« Tue les cellules cancéreuses in vitro » : l’eau de Javel aussi. Environ 9 molécules sur 10 qui entrent en essai clinique n’arrivent jamais sur le marché.sur qui ? combien ?
Confondre risque relatif et risque absolu50 g de charcuterie par jour augmentent le risque de cancer colorectal de 18 % (CIRC, 2015). C’est réel, mais sur un risque de base de l’ordre de 5 % au cours de la vie, cela représente environ un point de plus, pas 18.demander le chiffre absolu
« Significatif » ne veut pas dire « important »Avec assez de participants, un effet minuscule devient significatif. Et à l’inverse, « non significatif » ne prouve pas l’absence d’effet, surtout sur un petit échantillon. Regarder la taille de l’effet et son intervalle de confiance.taille d’effet + IC
Se fier au mot « revue »Il existe des revues prédatrices qui publient contre paiement sans vraie relecture. John Bohannon leur a envoyé un faux article truffé d’erreurs : 157 revues sur 304 l’ont accepté (Science, 2013).vérifier l’indexation
Rejeter une étude uniquement à cause de son financementLes conflits d’intérêts sont un signal pour lire plus attentivement, pas une réfutation. Rejeter un résultat sur sa seule origine, c’est un sophisme génétique. Et ce critère doit s’appliquer aussi aux études qui nous plaisent.signal, pas verdict
Un dernier mot sur le débat en ligne : la loi de Brandolini veut qu’il faille dix fois plus d’énergie pour réfuter une bêtise que pour la produire. La bonne question à poser à quelqu’un qui arrive avec une étude n’est donc pas « prouve-le », mais : « qu’est-ce qui te ferait changer d’avis ? » Et se la poser à soi-même d’abord.
7
Enquêter sur une question, pas à pas
Comment se renseigner sérieusement, soi-même, sur une question scientifique ?
Le fil conducteur de cette partie est un exemple concret : le jeûne intermittent fait-il maigrir ? Une question qui circule beaucoup, dont la réponse est nuancée et peu chargée politiquement. Un conseil avant de commencer : écrire sa prédiction. C’est un préenregistrement en miniature, et la comparaison finale est instructive.
1
Transformer une question floue en question testable
« Le jeûne intermittent, ça marche ? » ne peut pas avoir de réponse : ça marche pour quoi, chez qui, comparé à quoi ? En santé, on utilise la grille PICO.
Lettre
Signifie
Notre exemple
P
Population
adultes en surpoids, sans maladie particulière
I
Intervention
jeûne intermittent (16:8, 5:2, un jour sur deux)
C
Comparateur
régime classique avec le même apport calorique
O
Outcome, critère
perte de poids après 6 à 12 mois
Tout se joue sur le C. « Le jeûne fait maigrir comparé à ne rien faire » et « le jeûne fait maigrir plus qu’un régime à calories égales » sont deux questions complètement différentes. La moitié des débats en ligne viennent de gens qui répondent à deux questions différentes sans s’en rendre compte.
2
Chercher en commençant par le haut de la pyramide
On ne commence pas par un moteur de recherche généraliste, ni par une étude isolée. On cherche d’abord si quelqu’un a déjà fait la synthèse.
Outil
Pour quoi faire
Attention
Cochrane Library
revues systématiques en santé, résumés souvent traduits en français
pas tous les sujets couverts
PubMed
la base de référence en biomédecine, filtres par type d’étude
tout y est indexé, le bon comme le moyen
Epistemonikos
base dédiée aux revues systématiques
interface en anglais
Recommandations
HAS, NICE, OMS ; pour le climat, le résumé du GIEC
parfois en retard sur la recherche
Google Scholar
très large, bouton « Cité par » pour voir la suite d’une étude
aucun filtre de qualité
Unpaywall
extension qui trouve la version gratuite et légale d’un article
—
Outils IA (Consensus, Elicit…)
défricher vite un sujet
vérifier chaque référence : résumés approximatifs, sources parfois inventées
3
Écrire la requête
En anglais. Les synonymes d’un même concept sont reliés par OR, les concepts différents par AND. Dans PubMed, [tiab] cherche dans le titre et le résumé, [pt] filtre le type de publication.
("intermittent fasting"[tiab] OR "time-restricted eating"[tiab] OR "alternate-day fasting"[tiab])
AND ("weight loss"[tiab] OR "body weight"[tiab])
AND (meta-analysis[pt] OR systematic review[pt])
Limiter aux 5 à 10 dernières années pour commencer.
Trop de résultats : ajouter un concept avec AND. Trop peu : ajouter des synonymes avec OR.
Une fois un bon article trouvé, regarder « Similar articles » et « Cited by ».
4
Trier et vérifier la source
La plus récente synthèse de bonne qualité d’abord : elle intègre normalement les précédentes.
La revue est-elle sérieuse ? Indexée dans MEDLINE, Scopus ou le DOAJ pour l’accès ouvert. Méfiance si le nom imite une grande revue ou si le délai de publication est de quelques jours.
L’article a-t-il été rétracté ou critiqué ? Chercher dans la base Retraction Watch et sur PubPeer. Le gestionnaire de références Zotero signale automatiquement les articles rétractés.
5
Lire un article dans le bon ordre
Un article est écrit pour être lu du début à la fin, et c’est justement le problème : l’introduction et la conclusion racontent l’histoire que les auteurs veulent raconter. Mieux vaut regarder ce qu’ils ont fait avant de lire ce qu’ils en pensent.
Fig. 14 Les lignes qui se croisent sont les sections qu’on déplace. On lit ce que les auteurs ont fait (méthodes, figures, chiffres) avant ce qu’ils en pensent (discussion, conclusion), pour se faire son propre avis avant d’être influencé.
6
Évaluer la fiabilité : la grille rapide
Dix questions à se poser devant n’importe quelle étude. Aucune n’est éliminatoire à elle seule ; c’est l’accumulation qui compte.
La population ressemble-t-elle à celle qui m’intéresse ?des souris, des étudiants de 20 ans, des patients hospitalisés…+ humains comparables
Combien de participants ?une étude sur 30 personnes peut trouver à peu près n’importe quoi+ centaines, milliers
Y a-t-il un groupe contrôle, un tirage au sort, un aveugle ?+ randomisé, double aveugle
Le critère principal était-il annoncé à l’avance ?comparer le protocole enregistré et l’article publié− critère changé en route
Durée suffisante ? Combien ont abandonné en route ?− beaucoup de perdus de vue
Quelle est la taille de l’effet, avec son intervalle de confiance ?pas seulement « p < 0,05 »+ effet chiffré et précis
Est-ce cohérent avec les autres études et les méta-analyses ?− seule contre toutes
La revue est-elle indexée, l’article non rétracté ?− revue inconnue, PubPeer alarmant
Qui finance, quels conflits d’intérêts ?lire plus attentivement
Les conclusions sont-elles proportionnées aux résultats ?« suggère », « est associé à » vs « prouve », « guérit »− « révolutionnaire »
Les versions professionnelles de cette grille : RoB 2 (risque de biais d’un essai randomisé), AMSTAR 2 (qualité d’une revue systématique), GRADE (niveau de confiance d’un ensemble de preuves), CONSORT (ce qu’un essai doit rapporter).
7
Conclure avec le bon degré de confiance
Dernière étape, la plus rare : dire ce qu’on sait et à quel point on le sait. Le GIEC utilise une échelle de vocabulaire calibrée, où chaque mot correspond à une probabilité. C’est un excellent modèle pour parler de science.
exceptionnellement improbable0–1 %
extrêmement improbable0–5 %
très improbable0–10 %
improbable0–33 %
à peu près aussi probable qu’improbable33–66 %
probable66–100 %
très probable90–100 %
extrêmement probable95–100 %
quasi certain99–100 %
Termes de vraisemblance du GIEC (lignes directrices pour les auteurs, 2010). Les fourchettes se chevauchent volontairement.
Le gabarit de conclusion
« Les meilleures données disponibles [combien de méta-analyses, d’essais, sur combien de personnes] indiquent que [réponse à la question PICO]. Mon niveau de confiance est [faible / modéré / élevé] parce que [limites]. Ce qui me ferait changer d’avis : [type de résultat]. »
Pour le jeûne intermittent, la recherche mène à ceci : plusieurs synthèses et essais randomisés récents, dont Liu et al. (NEJM, 2022), indiquent qu’à calories égales, le jeûne intermittent fait perdre à peu près autant de poids qu’un régime classique, sans avantage net. Son intérêt éventuel serait donc surtout pratique : certaines personnes le suivent plus facilement.
✦
Ce qu’il faut retenir
Un. La science n’est pas une liste de vérités, c’est une méthode pour se tromper de moins en moins. Qu’elle se corrige n’est pas une faiblesse, c’est tout son intérêt.
Deux. Une étude n’est jamais la fin de l’histoire. On se fie aux synthèses et aux consensus, pas au titre qu’on a vu passer.
Trois. Le plus dur n’est pas d’appliquer l’esprit critique aux autres, c’est de l’appliquer à ce qu’on a envie de croire. La question à se poser est : qu’est-ce qui me ferait changer d’avis ?
Et l’on revient au début : Nullius in verba. Ne me croyez pas sur parole. Allez vérifier.
§
Antisèche, définitions et lectures
Les définitions, en une ligne
Réfutabilité
Une théorie est scientifique si une observation possible pourrait la contredire. Popper, 1934
Paradigme
Ce que partage une communauté scientifique : lois, méthodes, instruments, problèmes exemplaires. Kuhn, 1962
Science normale
La résolution d’énigmes à l’intérieur d’un paradigme accepté. Kuhn, 1962
Programme de recherche
Un noyau dur protégé par des hypothèses auxiliaires ; progressif s’il prédit des faits nouveaux, dégénératif s’il ne fait que colmater. Lakatos, 1970
Duhem-Quine
On ne teste jamais une hypothèse seule, mais un ensemble d’hypothèses et d’instruments. Duhem, 1906 · Quine, 1951
Scepticisme organisé
Toute affirmation est soumise à l’examen critique de la communauté avant d’être acceptée. Merton, 1942
Objectivité sociale
L’objectivité naît de la critique croisée entre points de vue différents, pas de la neutralité des individus. Longino, 1990
Consensus scientifique
La convergence constatée des résultats indépendants d’un domaine. Une conséquence des preuves, pas un vote.
Réplication
Refaire une étude, idéalement par une autre équipe, pour voir si le résultat tient.
Méta-analyse
Combinaison statistique de toutes les études pertinentes, trouvées par une revue systématique.
Valeur p
La probabilité d’observer des données au moins aussi extrêmes si l’effet n’existait pas. Ce n’est pas la probabilité que l’hypothèse soit vraie.
Intervalle de confiance
La fourchette de valeurs compatibles avec les données. Plus il est étroit, plus l’estimation est précise.
Préenregistrement
Déposer hypothèses et plan d’analyse avant de collecter les données, pour empêcher d’ajuster après coup.
Biais de confirmation
Chercher, retenir et juger moins sévèrement ce qui confirme ce qu’on croit déjà.
Par où commencer, si l’on veut lire plus
Alan F. Chalmers, Qu’est-ce que la science ? La meilleure introduction à Popper, Kuhn, Lakatos et Feyerabend.
Normand Baillargeon, Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux, 2005.
Naomi Oreskes & Erik Conway, Les Marchands de doute, Le Pommier, 2012.
Naomi Oreskes, Why Trust Science?, Princeton University Press, 2019.
Stuart Ritchie, Science Fictions, 2020. Fraude, biais et crise de la réplication racontés de l’intérieur.
Isaac Asimov, « The Relativity of Wrong », 1989. Richard Feynman, « Cargo Cult Science », 1974. Deux textes courts, lisibles en ligne.
Sources citées
Popper K., Logik der Forschung, 1934 ; Conjectures and Refutations, 1963.
Kuhn T., The Structure of Scientific Revolutions, 1962, postface 1969 ; « Objectivity, Value Judgment, and Theory Choice », 1977.
Lakatos I., « Falsification and the Methodology of Scientific Research Programmes », 1970.
Laudan L., « The Demise of the Demarcation Problem », 1983. Pigliucci M. & Boudry M. (dir.), Philosophy of Pseudoscience, 2013.
Merton R., « The Normative Structure of Science », 1942. Longino H., Science as Social Knowledge, 1990.
Perrin J., Les Atomes, 1913.
Carlson S., « A double-blind test of astrology », Nature, 1985. NHMRC, Evidence on the effectiveness of homeopathy, 2015.
Lynas M. et al., Environmental Research Letters, 2021.
Fang F., Steen R. & Casadevall A., PNAS, 2012. Hviid A. et al., Annals of Internal Medicine, 2019.
Open Science Collaboration, Science, 2015. Begley C. & Ellis L., Nature, 2012. Ioannidis J., PLOS Medicine, 2005.
Grimes D. R., PLOS ONE, 2016. Kearns C. et al., JAMA Internal Medicine, 2016.
Sumner P. et al., BMJ, 2014. Messerli F., NEJM, 2012. Bohannon J., Science, 2013. CIRC, monographie viandes rouges et transformées, 2015.
Liu D. et al., « Calorie Restriction with or without Time-Restricted Eating in Weight Loss », NEJM, 2022.
Chiffres et dates vérifiés au mieux lors de la rédaction, en septembre 2026 ; les statistiques de rétractations évoluent chaque année.
Texte et figures : Pierre Guichard. Les quatorze figures ont été dessinées pour ce texte et sont réutilisables en citant la source.
Une remarque, une erreur à signaler : contact@pierreguichard.fr.